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Autrefois, les humains se couvraient de peaux d’animaux par pure nécessité. Aujourd’hui, bien que le cuir possède toujours de nombreux avantages (durabilité, résistance, absorption de l’humidité et de la transpiration, confort, imperméabilité, etc.) et soit perçu comme une matière prestigieuse, il est de plus en plus décrié pour les effets néfastes qu’il provoque sur l’environnement, sur les animaux mais également sur les hommes. Alors que la plupart des gens s’insurgent fréquemment contre la mode des vraies fourrures, la plupart d’entre nous portons du cuir, et même si beaucoup avancent que cette industrie ne fait que « valoriser des sous-produits de l’industrie laitière et de la viande, tous les animaux abattus pour leur peau ne terminent pas dans nos assiettes. Le cuir serait en réalité le plus important des coproduits.  Mais alors, devrait-on s’en passer?

Un danger social et environnemental

Si l’élevage industriel a un impact conséquent sur le réchauffement climatique, de part notamment les émissions de méthane et la déforestation qu’il engendre, il en est de même pour le traitement du cuir qui entraîne une pollution sans conséquent. Nombreux sont les produits chimiques employés dans l’industrie du cuir, qui est également une industrie  très gourmande en eau. Le tannage des peaux constitue bien souvent l’une des étapes les plus polluantes de la fabrication du cuir, puisque aujourd’hui 80 à 85 % (production mondiale) des cuirs sont tannés au chrome VI ou chrome hexavalent, un produit hautement toxique (cancérogène, mutagène et reprotoxique) mis en scène dans le film Érin Brockovich, film relatant une histoire de pollution des eaux potables, au chrome hexavalent donc. Bien que le chrome VI fasse partie de la liste des substances soumises à autorisation dans l’UE, la plupart des entreprises européennes délocalisent une partie de leur production dans des pays où la réglementation est plus souple concernant l’utilisation de tels produits. Aucun contrôle n’est ensuite réalisé sur la teneur en toxicité des articles importés.

De plus, les ouvriers qui travaillent sans protection sont exposés à des situations à hauts risques : problèmes respiratoires ou cutanés, malformations, etc. Deux études, l’une faite en Suède et l’autre en Italie, ont notamment montré que les tanneurs de cuir courent un risque beaucoup plus grand de cancer de 20% à 50%, car le mécanisme de tannage est l’un des plus toxiques de toute la chaîne d’alimentation de la mode. Au Bangladesh, 90 % des travailleurs meurent avant 50. Les eaux usées rejetées par les tanneries dans les cours d’eau contaminent quant à elles la plupart des écosystèmes et des populations environnants. En Europe, les tanneries ont toutefois pour obligation de nettoyer les eaux utilisées avant de les rejeter.

Qu’en est-il des animaux ?

En France, la quasi-totalité des abattoirs valorise les peaux de bêtes (ce qui est loin d’être le cas ailleurs). Les animaux exploités pour leur chair sont pour la plupart les mêmes animaux exploités pour leur peau. Cela permet notamment aux éleveurs de faire baisser le prix de leurs produits (viande, lait, etc.). L’industrie du cuir et de la viande sont donc intimement liés et vont de pair. Le cuir est une industrie très lucrative puisque ce matériau représente en moyenne 40 % des profits tirés de l’animal, voire plus, si ce dernier est exclusivement exploité pour sa peau, comme c’est le cas pour le serpent ou encore le crocodile. Toutefois, le cuir pose tout de même un souci majeur qui est celui de sa traçabilité. Bien que quelques expérimentations soient en cours sur la traçabilité du cuir, notamment dans l’industrie du luxe, cela représente une part quasi inexistante. On ne peut donc pas avoir de certitude quant à la provenance du cuir que l’on achète, et ce, même si l’étiquette porte la mention « made in France » ou « made in Italy », etc. puisque cette appellation ne garantit pas que les matières premières proviennent du pays de fabrication. De plus, la législation française autorise à ne pas mentionner l’espèce animale dans le secteur de la maroquinerie ou encore pour ce qui est des revêtements de meubles.

Selon l’ONU, 80 % du cuir est issu de pays en voie de développement où il est produit par des travailleurs et travailleuses à faibles revenus (dont des enfants) pour qui la protection de l’environnement n’est pas une priorité. Ainsi, le cuir commercialisé en Europe provient pour la plupart de ces pays ne disposant d’aucune législation quant au bien-être animal. En 2013, l’ONG Envol Vert  a notamment mis en lumière le fait qu’une majorité des chaussures en cuir commercialisées en France était originaire de Chine et avaient été fabriquées à partir de peau animale provenant d’Amérique du Sud, et a par la même occasion dénoncé le secteur de provoquer une déforestation conséquente.

Chaque année, ce sont ainsi plus d’un milliard d’animaux qui sont tués pour leur peau parfois dans des conditions inimaginables. La majorité des animaux exploités sont confinés et maltraités (brûlures, coupe de queue, de cornes, marquage au fer, etc.). Ils sont parfois torturé à mort devant le regard terrifié de leurs congénères, et ce, même dans le pays des vaches sacrées, désormais premier exportateur de viande bovine. Bien qu’il soit illégal de tuer des vaches en bonne santé en Inde (ce pourquoi 2 millions sont transportées vers le Bangladesh afin de contourner l’interdiction sur l’abattage), beaucoup sont empoisonnées ou maltraitées devenant ainsi aptes à être abattues. Même son de cloche en Asie ou un enquêteur de Peta a montré que des chiens étaient violemment maltraités avant d’être parfois dépecé totalement vivant. Chaque année en Chine, près de 2 millions de chiens et de chats sont tués pour leurs peaux, et bien que la France interdise depuis 2006 l’importation et la commercialisation des peaux de chiens et de chats (bien que les autres animaux souffrent tout autant), le manque de traçabilité dont font preuve les articles en cuir ne garantit en rien que nous ne portons pas de telles peaux dans l’Hexagone.

À chaque problème, sa solution !

Face à de tels constats, tout porte à croire que le cuir est un matériau à délaisser. Pourtant, des solutions sont envisageables et le cuir durable en est la preuve ! Exit donc bien évidemment les peaux exotiques et les tannins chimiques. De nombreuses entreprises travaillent sur le souci de traçabilité et de la transparence chimique que pose le cuir. Pour ce faire, nombreuses sont celles qui utilisent un procédé de tannage différent de celui du tannage au chrome : il s’agit du tannage végétal qui est de telle sorte beaucoup moins polluant que le tannage « classique ».

Un premier label a également vu le jour pour certifier que le cuir soit écologique. Il s’agit du label Naturleder qui permet de limiter les impacts de l’industrie très polluante que constitue le cuir. Les peaux certifiées par ce label doivent notamment avoir appartenu à des animaux d’abord exploités pour leur viande. Le tannage à base de chrome est quant à lui interdit, tout comme les colorants contenants des métaux lourds. Ce label comporte également un certain nombre de clauses sociales pour garantir la protection des salariés comme des consommateurs.

Si certains cherchent à fabriquer du cuir en laboratoire grâce aux biotechnologies, d’autres encore misent sur le cuir marin, un cuir éco-responsable qui constitue toutefois un marché de niche n’étant pas à la portée de tous.

Alors, pour contrer les problèmes liés à la pollution qu’engendre le cuir mais également s’attaquer à la question du bien-être animal et de l’éthique, nombreuses sont les entreprises proposant également des alternatives végétales, des « cuirs » vegan pour la plupart abordables (à ne pas confondre avec le cuir végétal, c’est-à-dire,  le cuir à tannage végétal). Toutefois, de tels alternatives ont encore du mal à rivaliser avec l’industrie du cuir qui ne cesse de proposer des prix toujours plus avantageux les uns que les autres. Pour lutter contre les dérives d’une telle fabrique, il semble ainsi nécessaire que le consommateur s’informe davantage sur la provenance du cuir qu’il achète, même si cela relève parfois de l’impossible. La question de la traçabilité est donc fondamentale et doit être améliorée puisque se passer du cuir sur le court terme favoriserait les élevages intensifs qui optimisent les coûts en dépit des petits élevages plus « cleans ». Pas si simple donc. Quel est votre avis sur le sujet ?

 

Source : Mr mondialisation

Image : Proof.nationalgeographic.com

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