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La bataille a commencé il y a environ 50 ans, quand les habitants ont décidé de contrer la montée des eaux et du sable en plantant des arbres. Beaucoup d’arbres. Explications.

Comment éviter le pire ? : reboiser pour contrer la montée des eaux

Afin de protéger leur habitat et par la même occasion lutter contre le réchauffement climatique, les habitants de la côte des Niayes (zone géographique du nord-ouest du Sénégal) ont érigé dans les années 70/80 une forêt reliant Dakar à St Louis grâce à un vaste programme mis en place dans le cadre d’un projet sénégalais et canadien visant entre autres à lutter contre l’érosion côtière, protéger contre les vents violents, améliorer la qualité de l’air et sauvegarder les digues, car cette région était menacée de disparaître. Dans les années 80, c’est un village entier qui a été ensevelit. Aujourd’hui, 180 km de côtes sont de la sorte prémunies de la montée des eaux de part cette forêt, et la protéger est la priorité des habitants, chose peu impressionnante, puisque la politique est avant tout basée sur leur volonté de l’entretenir et de planter des arbres. Un combat qui reste quotidien donc, puisque l’espèce d’arbre planté ne dépasse pas 25 ans. Il faut ainsi reboiser en permanence. Chaque année 50 000 nouveaux arbres sont semés et d’autres sont coupés pour ensuite être transformés en charbon de bois, étant donné que 80 % des foyers utilisent encore ce combustible au Sénégal. Cette forêt a également permis la création de nombreux emplois : pépiniéristes, bûcherons, vendeurs, grossistes, revendeurs, etc.  Ils font ainsi vivre la forêt et la forêt les fait vivre en retour.

« une forêt qui vaut de l’or »

Les arbres protégeant les habitants de la montée des eaux n’ont pas été choisi par hasard. Il s’agit de filaos. À l’époque, le filao était l’un des arbres le plus adapté aux conditions arides du pays et le plus apte à fixer les dunes. Résistant à la sécheresse et peu gourmand en eau, le filao est une aubaine pour les habitants. Agissant comme une barrière naturelle face aux vagues et aux vents violents, il a permis à la population locale et aux petits producteurs maraîchers, vivant désormais de l’autre côté de la forêt, d’augmenter considérablement leurs rendements (+ 15%), car les terres désormais fertiles ne sont plus menacées par l’avancée du sable et de la mer, du moins jusqu’à présent. Une combinaison gagnante donc, préservant l’environnement et permettant aux habitants de protéger leur habitat, leur travail et leurs revenus.

Les filaos en danger ? : entre bataille immobilière et sauvegarde des espaces verts

À en croire les chiffres : la côte est désormais stabilisée par la bande forestière. Pourtant, même si c’est une petite victoire pour les hommes, rien n’est gagné d’avance. Beaucoup s’insurgent aujourd’hui des coupes de filaos de plus en plus fréquentes dans la forêt provoquant une avancée inquiétante des eaux, et ce ne seraient en apparence ni les habitants ni les paysans qui seraient en cause. L’urbanisation grandissante, l’installation de sociétés industrielles, les abattages sauvages et le prolongement de la voie de dégagement nord (VDN) seraient les principaux responsables. Nombreuses sont les villes de la zone des Niayes voyant disparaître leur forêt (Guédiawaye, Malika, Yeumbeul) sous l’œil indifférent des autorités. Au conseil des ministres datant du 20 juillet 2016, une partie du gouvernement s’était pourtant engagé à préserver ces arbres d’une importance capitale. Le Président de la République avait engagé le ministre de l’Environnement et du développement durable à veiller à la conservation de la « bande des filaos ». Grâce à la mobilisation d’associations dans tout le pays, des projets de reboisement sont tout de même en cours.

À Kayar, une petite ville côtière du Sénégal située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Dakar, inversement des rôles. Le président de la jeunesse de ladite ville, Cheikh Gueye a également tiré la sonnette d’alarme le 10 juillet dernier lors du « SN SUMMIT CLIMAT », un forum dédié au climat. Selon lui, la coupe des arbres à Kayar provoque une avancée inquiétante des eaux menaçant également les cultures de par la salinisation des sols, et même si le réchauffement climatique participe à cette progression, la main de l’homme y est bel et bien pour quelque chose. Les habitants se précipiteraient pour « construire des habitations, non loin de la mer, en courant le risque d’être des sinistrés dans les prochaines années, du fait de la furie des vagues ». « Maintenant, si nous-mêmes qui sommes censés la protéger, nous l’agressons, nous nous exposons de façon directe ou indirecte à un désastre environnemental » a ajouté le président de la Commission jeunesse de la ville. De quoi rebattre les cartes sur l’avenir de la bande forestière « pourtant installée [dans le but de] protéger les populations contre la furie des eaux ». Les autorités comme toute la communauté vivant près de la forêt doivent ainsi comprendre l’importance majeure des arbres présents sur leurs terres.

 

Source : Franceinfo, seneplus, ausenegal.com

Image : Franceinfo

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